Le Zoo
La Garenne
sort de sa chrysalide

Le parc animalier de Le Vaud s'ouvre ce matin au public. La nouvelle formule propose une approche de la faune européenne plus ludique. Et immersive.

Par Anetka Muhlemann

Au pied d’une cascade rocailleuse, un vautour moine rafraîchit son plumage. «Il est tout trempé, s’étonne Michel Gauthier-Clerc, directeur de La Garenne, où a été aménagée la plus haute volière d’Europe. Mais bon, il fait ce qu’il veut.» Bientôt, un congénère le rejoindra pour se faire gicler lui aussi. La scène se déroule juste sous nos yeux. Car ici le visiteur peut, après avoir franchi un rideau métallique visant à éviter que les animaux ne s’échappent, pénétrer dans cette enceinte. «On veut que les gens puissent avoir un moment privilégié avec les animaux», poursuit le vétérinaire de formation.

La volière culminant à 28 mètres abrite également des ibis, qui pourraient faire l’objet d’un programme de réintroduction, et des bouquetins. Ces derniers démontrent leurs talents d’équilibristes et d’acrobates en bondissant à qui mieux mieux le long des gros blocs de calcaire de la falaise bâtie sur le modèle des reliefs escarpés du Jura. «Au début, ils restaient au fond de la volière. On les a progressivement fait venir en les appâtant avec de la nourriture, raconte Oscar Gillard, soigneur animalier, ravi du résultat. Cela veut dire qu’ils se sont bien adaptés à leur nouvel environnement.»

Et chaque pensionnaire a droit à son intimité. «La philosophie, c’est qu’on puisse voir les animaux mais que les animaux puissent se cacher s’ils le désirent», confie le passionné d’animaux

Un site cinq fois plus grand

L'augmentation du nombre de collaborateurs

L'augmentation du nombre de visiteurs

L'augmentation de la superficie du parc

L'augmentation du chiffre d'affaire du parc

Le cadre tranche radicalement avec l’ancienne petite ménagerie fondée il y a près d’un demi-siècle à Le Vaud. Le déménagement pour un site vierge et cinq fois plus grand a permis à La Garenne de redessiner entièrement son identité. Dans la trempe de la nouvelle génération de zoos immersifs. Fini le triste alignement de cages et les installations faites de bric et de broc. Désormais, l’accent est mis sur les postes d’observation insolites et la découverte ludique. Le parc animalier a pris son envol dès le samedi 19 mars, avec l’accueil de ses premiers visiteurs.

En revanche, La Garenne demeure fidèle à son ADN. «Ce ne sont que des espèces locales, relève Michel Gauthier-Clerc. C’est ce qui est unique en Suisse romande.» Cette volonté se retrouve également dans les nichoirs à hirondelles dressés le long du parcours, dans le choix des matériaux de construction ou encore dans les anciennes variétés de plantes qui devraient bientôt être mises en terre. Ce ne sont donc que les représentants de la faune européenne – soit quelque 130 pensionnaires – qui ont été transportés au nouveau parc. «Tous ont eu un check-up médical réussi et sont équipés d’une puce», révèle Oscar Gillard.

Si le transfert des grands carnassiers a été le plus compliqué, ils ont très vite trouvé leurs marques. Même le boucan du récent chantier, dont les traces resteront visibles jusqu’à ce que la nature reprenne ses droits, ne perturbait pas les trois loups, animaux pourtant craintifs. La passerelle suspendue qui surplombe leur enclos donne une vue imprenable sur la partie boisée où ils viennent souvent se dégourdir les pattes. En remontant ce passage, on accède à une partie couverte.

Entre les interstices des planches, on aperçoit le jeune lynx fraîchement débarqué de Pologne. Encore faut-il réussir à le distinguer parmi les feuilles mortes qui se confondent avec son pelage roussâtre rehaussé de taches noires. «Il s’installe souvent entre les deux arbres qui se trouvent au milieu de l’enclos», indique Oscar Gillard, responsable du secteur des grands carnivores. L’impression de se trouver dans un abri d’observation de la faune revient dans la Cabane du Pic, érigée dans la partie forêt. De là-haut, les ouvertures permettent de traquer du regard quelque oiseau indigène.

Après les hauteurs, les profondeurs: l’approche du blaireau se fait par un tunnel qui aboutit à une bulle placée dans les quartiers de la femelle Joey. S’approchera-t-elle en reniflant de son hôte? Une telle rencontre nécessite une dose de patience. «Depuis qu’on l’a installée là, elle a pris des habitudes nocturnes (ndlr: dans la nature, le mustélidé est plutôt crépusculaire) et sort de son terrier vers 17h», avertit le passionné.

Son voisin le renard évolue dans une mise en scène de fable. Deux vitrines juxtaposées permettent de comparer celui «des villes» à celui «des campagnes». Surpris par cette distinction, le visiteur peut se tourner vers la signalétique. «On voulait mettre en évidence en quoi chaque espèce est extraordinaire», commente Michel Gauthier-Clerc.

D’autres modules ont également été créés à l’intention des enfants. Qui seront les bienvenus dans l’enclos des volatiles de ferme. «On y installera des chèvres dès que l’herbe aura commencé à pousser», précise Raoul Feignoux, biologiste. Sans oublier le bâtiment de la Microgarenne, qui héberge de toutes petites espèces diurnes et nocturnes «dont les gens connaissent couramment le nom mais ignorent à quoi elles ressemblent», telles que des tritons alpestres ou des chauves-souris.

Chaque animal a une histoire

Le but du jeu est avant tout de proposer, aux familles, une expérience éducative divertissante. «On veut toucher le grand public, qui vient pour s’amuser, et on en profite pour passer des messages», confie le directeur. Le gain d’attractivité doit permettre de booster le nombre de visites afin d’atteindre un équilibre financier qui permettra de pleinement mener à bien les quatre missions dont La Garenne a héritées de son fondateur, Erwin Meier. A savoir la présentation de la faune européenne, la réintroduction d’espèces disparues, le soin aux animaux sauvages et la sensibilisation des enfants.

Chaque animal a une histoire

Et pour tous les curieux qui voudraient en savoir plus, des soigneurs animaliersvêtus d’un gilet noir portant au dos la mention «naturaliste» se feront un plaisir de répondre à toutes les questions. «Pour nous, chaque animal a une histoire, invite Oscar Gillard, alors on la raconte volontiers.»

Comment la petite ménagerie s'est muée en grand parc animalier

  • 1965

    Le naturaliste et écrivain Erwin Meier (1928-2001) crée un petit zoo destiné à accueillir la faune locale

    (Photo: Jean-Pierre Grisel)
  • 1975

    L’Association des amis de La Garenne (ADAG) se constitue pour soutenir le zoo, notamment via la collecte de dons (CCP 17-422906-6).

    (Image: DR)
  • 1977

    Le zoo est reconnu d’utilité publique, en vertu de son rôle éducatif et de sa participation à la protection de la faune européenne.

    (Image: DR)
  • 1985

    Inauguration de la nouvelle volière, en présence d’Erwin Meier (à gauche).

    (Photo: Alain Rouèche)
  • 1986

    Le carnet rose se remplit avec la toute première naissance d’un gypaète barbu à La Garenne.

    (Photo: Jean-Pierre Grisel)
  • 1989

    Une femelle gypaète barbu née à La Garenne est relâchée dans les Alpes. En plus des soins accordés à l’oiseau (comme ici en présence de Jean-Pierre Mengolli, conservateur du zoo, Erwin Meier, son fondateur et directeur, ainsi que Dieter Ruedi, directeur du zoo de Bâle), le parc animalier contribue au projet européen visant à réintroduire l’espèce disparue en 1913.

    (Photo: Archives Edipresse)
  • 1998

    Un Conseil de Fondation, pourvu de sept membres, est constituée dans le but d’assurer la pérennité du zoo. Dont les missions fixées par Erwin Meier (ici en présence du lynx Bizule) sont les suivantes: présenter la faune européenne, participer à la sauvegarde et à la réintroduction d’espèces menacées, recueillir et soigner les animaux blessés, participer à l’éducation à l’environnement.

    (Photo: Alain Rouèche)
  • 2004

    Pour davantage d’efficience, trois commissions sont mises sur pied. Tout ce qui a trait aux animaux est désormais géré par la «scientifique». La «technique», en charge des infrastructures, se charge du projet d’extension du parc zoologique. La troisième est responsable du pan «Marketing & Communication».

    (Photo: Georges Meyrat)
  • 2005

    A présent quadra, La Garenne se sent à l’étroit. Pour s’étendre au-delà de ses 6000m2, la ménagerie voulait déménager dans le Gros-de-Vaud. Mais ce projet s’est soldé par un échec.

    (Photo: Georges Meyrat)
  • 2007

    Le parc animalier inaugure un pavillon pédagogique. Comprenant une salle multimédia, un bassin habité par la faune et la flore des marais, des chauve-souris, des abeilles et des fourmis avec des panneaux explicatifs, la structure doit permettre d’attirer de nouveaux visiteurs en attendant le déménagement. «Ce pavillon est en fait la première pierre posée pour l’agrandissement du zoo», a commenté le préfet Jean-Pierre Deriaz.

    (Photo: Georges Meyrat)
  • 2009

    Présentation publique et mise à l’enquête du PPA. Cinq oppositions sont déposées. La première s’en prend au parking (en face du zoo actuel) le long de la rte du Bois-Laurent, soit à deux pas des habitations des six cosignataires d’une des opposition. Sans parler de la peur d’un trafic accru. La mue risque d’être retardée.

    (Infographie: P. Feller)
  • 2010

    Bonne nouvelle pour La Garenne! Les opposants ont renoncé à faire recours. Le PPA est ratifié et le zoo pourra prendre ses quartiers sur le terrain situé au fond de l’image. Prochaine étape, l’étude qui devrait coûter 515'000 francs (pris en charge par la Fondation avec une participation de la part de la Commune de Le Vaud ainsi que du Conseil régional du district de Nyon, sans oublier des parrains et des mécènes privés).

    (Photo: Georges Meyrat)
  • 2010

    3 Juin

    Mara (devant) et Gélas débarquent à La Garenne. Offert par le Parc Alpha, situé en France, ils deviennent rapidement les chouchous du public.

    (Photo: Georges Meyrat)
  • 2012

    En Mars

    Mise à l’enquête publique du nouveau parc animalier, devisé à 9,2 millions de francs. A ce stade 70% du financement est assuré. Pour éviter que le couac de la mise à l’enquête du PPA ne se reproduise, il y a deux dossier séparés: la construction de la future Garenne (présentée ici par Pierre Ecoffey, directeur du zoo, et Roger Perrin, président du Conseil de Fondation) et l’aménagement du parking et des chemins piétonniers. Et ça marche puisqu’il n’y a pas d’opposition.

    (Photo: Vanessa Cardoso)
  • 2012

    En Décembre

    La Garenne prend des allures de dortoir à hérissons. Avec 220 boules de pics dans ses quartiers, le parc animalier fait face à une affluence record. En cause, la météo glaciale de février qui a retardé le réveil d’hibernation. A partir de là, la prise de poids s’est fait attendre tout comme la naissance des petits, survenue à l’automne. Ces derniers ont eu du mal à emmagasiner suffisamment de réserves pour hiberner. A l’instar du jeune spécimen dont s’occupe le directeur Pierre Ecoffey.

    (Photo: Alain Rouèche)
  • 2013

    Au printemps, Mara la louve donne naissance à deux petits. Ils seront baptisés Tima et Tilas.

    (Photo: Keystone)
  • 2013

    1er novembre

    Michel Gauthier-Clerc, détenteur d’un doctorat en médecine vétérinaire et d’un second en écologie, reprend la direction du zoo (AR). Le Conseil de fondation l’a choisi pour assurer l’avenir de La «grande» Garenne.

    (Photo: Alain Rouèche)
  • 2013

    En décembre

    Un cadeau de Noël débarque en avance! Jugeant le projet novateur et réaliste, le Conseil d’Etat a décidé d’octroyer un prêt sans intérêt de 1,5 million de francs pour le développement du nouveau parc zoologique de la Garenne. Ce soutien était impératif pour que le dossier puisse avancer.

    (Illustration: DR)
  • 2014

    En Mars

    La douloureuse prend l’ascenseur! Au final, le zoo risque de coûter 14,5 millions, contre 9,2 millions prévus initialement. Cette majoration s’explique, d’une part, par le fait qu’il s’agit d’un projet novateur (donc sans véritable référence pour estimer le coût des travaux) et, d’autre part, par les surprises du terrain. Les fonds propres issus des dons et de la vente du terrain permettent de couvrir 83%, soit 12 millions. La différence devrait être apportée par la Commune de Le Vaud, le Fonds régional d’équipement touristique ainsi que le Conseil intercommunal.

    (Illustration: DR)
  • 2014

    27 mai

    Pose de la première pierre du futur zoo de la Garenne en présence (de g. à dr.) du conseiller d’Etat Philippe Leuba, de Dona Bertarelli, représentante de la Fondation Bertarelli, et de Roger Perrin, président de la Fondation. C’est parti pour deux ans de chantier…

    (Photo: Alain Rouèche)
  • 2015

    En février

    L’aménagement de la falaise vise à imiter les reliefs escarpés du Jura pour se rapprocher de l’habitat naturel des fauves et des bouquetins.

    (Photo: Vanessa Cardoso)
  • 2015

    En juin

    La Garenne fête son demi-siècle d’existence. C’est le dernier anniversaire qui se déroulera sur le site d’origine.

    (Photo: Vanessa Cardoso)
  • 2015

    En septembre

    Les travaux battent leur plein. L’on peut déjà remarquer la passerelle suspendue qui offre une vue privilégiée sur l’espace de vie des loups, des lynx et des sangliers

    (Vidéo: YouTube / Zoo La Garenne)
  • 2015

    En octobre

    Dans son atelier installé au Palais de Rumine, le taxidermiste André Kaiser naturalise Athos, le vieux gypaète du zoo de la Garenne. Ce mâle est décédé en février à l’âge de 47 ans, au moment-même où son 26e poussin venait au monde. Avec autant de descendants à son actif, il est le plus important contributeur de la population vivant dans les Alpes.

    (Photo: Odile Meylan)
  • 2016

    28 janvier

    Le chantier se poursuit autour de la plus haute volière d’Europe, qui culmine à 28 mètres. Terminée peu avant Noël, cette dernière a supporté avec succès le poids des premières chutes de neige.

    (Photo: Patrick Martin)
  • 2016

    19 février

    C’est le début du déménagement des animaux. Les premiers pensionnaires à prendre leurs quartiers dans la «nouvelle» Garenne sont les vautours fauves et moines.

    (Vidéo: YouTube / Zoo La Garenne)